lundi 22 septembre 2008

L’Argentine ça envoie de la protéine

Colomb le colon se détend le colon en posant un colombin pour la première fois sur le continent américain le 12 octobre 1492.
Enfin, pt’être le 13 … ou au pire le 14 s’il avait le transit aussi long qu’un Aurélien Pugeaux.

Pour ceux qui connaissent pas cette espèce rare, en voilà un beau spécimen surpris dans un bosquet nipé de sa panoplie complète d’agroéconomiste.


Et vu la tronche qu'il tire, ça devait sûrement être un jeudi ou un dimanche...








L’Amérique du Sud, à part le Brésil, devient colonie espagnole.
Au fur et à mesure, différentes vagues de colons débarquent et jettent leurs 2 secondes achetées chez décathlon.
Ce sont de véritables aventuriers qui quittent tout pour tenter leur chance aux amériques.
Sur place, ils rencontrent les indiens natifs organisés en diverses tribus.
On joue alors à « si je t’attrapes je te coupe les couilles », « je te brûle ta baraque » (la version où t’as le combo si les enfants sont encore dedans) et à plein d’autres jeux encore plus marrants.
Les européens, plus filous et mieux équipés, sont décidément les plus forts et gagnent peu à peu du terrain.
Les gaillards qui sautent des bateaux débarquent certes avec leur bite et leurs couteaux mais aussi leurs vaches et leurs chevaux.
Profitant de l’immense prairie que constitue la pampa, des vaches retournent à l’état sauvage et prolifèrent en formant d’immenses troupeaux

Alors, là, quand t’as envie de te brouter un steack, tu vas te servir directement dans le troupeau qui grille au fond du jardin.









En tout cas chasser la vache ça devait être encore plus marrant que de chasser le mouton.
Et j’en profite pour une spéciale dédicace à mes vaillants compagnons de chasse du mouton grignonais. En espérant qu’on fera une belle campagne la saison prochaine !


Mais revenons à nos moutons ou plutôt nos vaches.

La viande prend rapidement une place importante dans le régime alimentaire des colons et le traditionnel asado (barbecue) s’imprègne dans la culture argentine dès ses débuts.

Au début du 19eme, les anglais font plusieurs tentatives pour prendre l’ébauche de l’Argentine.
Mais les futurs argentins veulent garder leurs biftecks et repoussent férocement les rosbifs. (talam !)
Pour finir, ils font même la nique à l’Espagne et San Martin proclame la république d’Argentine le 9 juillet 1816 ce qui lui vaut une statue sur la place principale de quasiment chaque ville.







Quand tu vois une statue, quasi sûr que t'as droit à San Martin

Le pays s’organise petit à petit…
On tue les derniers indiens qui rendent la vie au campo (la campagne) peu sure. Nous on avait les loups, eux ils avaient les indiens…et les loups ils violaient rarement ta femme…mais nous on violait pas non plus les loups.
Bref, les pauvres indiens se font décimer et en même temps on plante les premiers piquets et on tend les barbelés sur la prairie.


La terre s’achète pour une bouchée de pain et d’immenses estancias se constituent.
Principalement, on opte pour l’élevage des races écossaises Hereford et Aberdeen Angus. Ce sont de petites vaches rustiques qui s’adaptent bien au climat et qui produisent de la bonne viande.

Et c'est là qu'apparaissent les emblématiques gauchos.
Darwin les a décrit après avoir parcouru l'Argentine en 1854:




"...con sus pelos largos hasta los hombros, la cara negra por el viento, sombrero de fieltro, chiripá y botas sacadas de los cuartos traseros de las yeguas, un largo facón en la espalda sostenido por el cinturón y comían carne asada como dieta principal a veces acompañado por un poco de mate o algún cigarro...".





Ce sont de rustiques gaillards qui mangent un steack au petit dej’, qui passent toute la journée sur leur cheval, qui manient le lasso comme Indiana Jones manie le fouet, qui jouent au truco (le jeu de carte national) et qui se battent facilement au couteau quand ils sont saouls.









Pour plus d'informations, vous pouvez vous rendre sur le site suivant qui raconte des anecdotes sympas de la vie des gauchos.


www.fotolatino.com/pdf/les-gauchos.pdf



J’en profite ici pour vous montrer quelques dessins dont je suis aussi fanatique que le Comté.
Elles sont l’œuvre de Florencio Molina Campos et illustrent la vie du campo et des gauchos.




La production de viande explose grâce au fantastique potentiel de production et l’Argentine commence alors à exporter de grandes quantités de viande dans la première moitié du 20ème siècle.



Les vaches argentines ne connaissent jamais l'étable. Elles passent leur vie à brouter dans les champs. De ce mode d'alimentation et de la génétique qui a été séléctionnée résultent que la viande argentine est particulièrement tendre et savoureuse. Et cette renommée est mondiale puisque la viande argentine est la viande qui se paye le plus cher sur le marché internationnal. L'argentine est à la viande ce que Cuba est aux cigares!

Cependant, aujourd’hui, et cela depuis plusieurs années, la production de viande en Argentine stagne pendant que la production du Brésil de Lula augmente fortement chaque année, profitant de l’opportunité d’un marché mondial demandeur.
L’Argentine exporte aujourd’hui autant de viande que l’Uruguay, pays voisin 7 fois plus petit.
La raison de tout cela est politique mais aussi culturelle.
En fait le gouvernement argentin limite très fortement l’exportation de viande en imposant des quotas. Cela pour maintenir des prix bas sur le marché interne de manière à ce que les argentins puissent continuer de manger leurs 70 kg d’asado chaque année.
Enlever la viande aux argentins, ça serait comme enlever la munster aux grignonais, ça ferait des morts.







Un peu de nostalgie, il manque juste l'odeur du K-VO




Mais de cette politique populiste résulte que la situation économique des producteurs argentins est aujourd’hui difficile (le kg de carcasse est payé environ 1 dollar au producteur).

Et laissez moi vous dire qu'avec des prix comme cela, je change souvent mes euros pour des biftecks!

Actuellement, le pourcentage de femelles (« les ventres » comme ils les appellent ici) dans les abattoirs tourne autour des 50 % et quelquefois même les dépasse si bien que certaines prédictions disent que l’Argentine sera obligée d’importer de la viande d’ici quelques années si la politique ne change pas.


Cela a provoqué aussi des changements quant aux historiques conditions de production puisque les vaches argentines ne connaissent toujours pas l'étable mais de plus en plus le feedlot.




Mais les gauchos ? Mais la protéine ?

Pour les premiers, c’est pas la teuf et une bonne partie a troqué son canasson contre une mob.
Par contre l’Argentine ça envoie toujours autant de la protéine et qui plus est, chaque année d’avantage.
Qui a repoussé les gauchos dans les zones les plus difficiles ?
Qui a pris la place des cornes dans la pampa ?
Qui a fait rouiller les éoliennes et arracher les barbelés de Rio Cuarto ?
Et tout celà en payant ses acides aminés ?



A suivre dans le prochain épisode
Enfin je vous préviens, je ne vous fais pas une saga de l’été quand même…

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Toujours su que t'avais l'âme d'un historien, bien aimé le passage sur les loups et le viol !
Le goût de la formule !
De la culture à tartiner, c'est ça un moment d'expatrié grignonnais dans la Pampa !

En ce qui concerne la chasse au mouton, du moment qu'il y a des barbelés, une hache et des Munster, on doit pouvoir se faire un asado dans les douves ou une connerie de ce genre, ce qui par la même occasion nous permettrait de redire bonjour au vigile.

Bises mon gros

ps : t'as vu on voit des photos de Sam sur le blog de Nath !

Thomas

Anonyme a dit…

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